Jean Ciphan, écrivain.
Jean Ciphan, écrivain.

 

Les ceps brûlés.

 

Son cœur s’est extirpé des sables de Bretagne

Où son amour naissant l’avait fait prisonnier.

S’est achevé l’été ! Le lycée n’est pas bagne.

Une bogue imprudente échappe au marronnier,

Brise sa coque au sol : un bruit sec l’accompagne.

Paul s’éveille ! Et s’enfuit le bourdon saisonnier.

 

Les mois en « -bre », si longs qu’ils dépassent l’automne,

S’engouffrent sur l’hiver sous un ciel attristé.

Le temps des travaux courts s’installe, monotone…

Au versant d’un coteau, un homme a fagoté

Des sarments desséchés. Plus loin, un autre donne

Au feu des pieds noueux de vigne cailloutés.

 

Perdu dans ses pensées, Paul marche vers les braises

Et, d’un pied négligent, les agace un instant.

S’animant aussitôt, échappant à la glaise,

Les follets étincellent et portent par grand vent

Jusqu’aux sables mouvants qui lèchent la falaise

La peine et le cœur gros du jeune soupirant.

 

Lors, le vieux roc breton à nouveau les accueille,

Fier d’avoir à son pied l’archerot de l’été

Dont les flèches d’amour, en une quartefeuille

Demeureront enfin à jamais enchâssées.

Elles auront aussi, comme un sel qu’on recueille

L’enivrante senteur des ceps qu’on a brûlés.

 

Janvier 2018

Jean Ciphan, « Chemins d’Ailleurs » (Le temps est venu d’oser dire)