Jean Ciphan, écrivain.
Jean Ciphan, écrivain.
 

Kermarzin - III - Les Nicolet

-----===-----

 

- Chapitre 7 - (extraits)

De Vannes au Mans

*

 

          Le 23 août 1940, René Nicolet, démobilisé depuis le mois précédent, épousa Lucienne Lebarz, comptable agréée employée par son père depuis presque trois ans. Il n’y avait pas eu de fiançailles : la période ne s’y prêtait pas. Et la grossesse de Lucienne avait pris de court toute la famille Nicolet, y compris René… qui avant les événements était connu pour ses frasques et sa fantaisie lorsqu’il était de sortie et jurait bien partout qu’il demeurerait célibataire ! La jeune femme vivait alors à Elven avec sa mère et Yvonne, sa sœur aînée, sur le domaine voisin de celui de Louis, Kermartin.

La cérémonie fut très sobre… Corentin, né le 17 avril précédent à Kermartin, fut reconnu légitime. Le mariage religieux fut suivi immédiatement du baptême de l’enfant, qui eut pour marraine sa tante Yvonne et pour parrain Jean-Gilles Frappier, dont l’épouse, Denise, avait mis au mode l’avant-veille de la cérémonie un beau Jérôme de dix livres et demie ! Le parrain arriva seul à l’église Saint-Alban d’Elven et repartit pour Saint-Urbain, en Vendée, avant même le repas de noces !

Les nouveaux époux s’installèrent à demeure rue des Vierges, tandis que Louis rentrait chaque soir à Kerjagu où Bernadette l’attendait… En septembre, ils se rendirent à Saint-Urbain pour la cérémonie de baptême de Jérôme, dont René était le parrain.

-----=======-----

En 1942 fut fondé un Ordre national des experts-comptables. Avant que soient organisées les épreuves du nouvel examen, les responsables de l’Ordre veillèrent à intégrer dans l’institution les professionnels « méritants », mais non diplômés ; à ce titre, 1530 experts-comptables furent nommés, dont les Nicolet, Louis et René.

-----=======-----

Après le décès de leur mère Oanez, survenu en juin 1945, les sœurs Lebarz s'étaient partagé l'héritage en bonne intelligence. Kermartin était revenu à Yvonne qui avait pu le conserver grâce à la contribution financière de son époux Georges Gadec, originaire de l'Île-d'Arz, qu'elle avait épousé en février ; ses sœurs Lucienne et Geneviève avaient reçu chacune la compensation financière correspondant à sa part

-----=======-----

En septembre de la même année, la descendance Nicolet quitta Vannes et s’établit au Mans. René ouvrit son cabinet rue Sainte-Hélène dans les murs que ses parents lui avaient offerts en cadeau de noces !

Corentin fit sa rentrée en onzième au petit collège de Notre-Dame-de-Sainte-Croix ; il habitait tout près et s’y rendait à pied. Il trouvait au début les journées bien longues puisqu’il était demi-pensionnaire et restait à l’étude du soir…

-----=======-----

En 1946, Lucienne Nicolet eut le bonheur d’être choisie par sa sœur Yvonne Gadec pour être la marraine de Tudy, l’un des jumeaux nés en février à Kermartin ! La marraine de Gwendal et les parrains des deux enfants furent des membres de la fratrie Gadec…

Ce fut une très belle fête qui se déroula le dimanche 24 mars, cinquième jour du printemps ! Corentin eut le bonheur de porter un court moment chacun de ses jeunes cousins à grands bras et en fut fier pour des jours entiers.

L’été suivant, il quitta l’appartement cossu du Mans pour se rendre à Elven chez tante Yvonne, sa marraine, et son « tonton Georges », pendant plusieurs semaines… Lucienne l’avait accompagné par le train avant de rentrer rapidement au Mans. En août, le cabinet fut fermé durant trois semaines… Le bonheur !

Sa maman vint à nouveau quelques jours à la fin du mois d’août chez sa sœur, tandis que René Nicolet rendant visite à Jérôme, son filleul, en Vendée. C’est à cette occasion que Corentin réalisa que son père avait un filleul auquel il rendait régulièrement visite, tandis que son propre parrain, le père de Jérôme, n’était jamais venu le voir et semblait l’ignorer…

C’était donc si loin, la Vendée ? Il s’en ouvrit à sa mère qui lui expliqua, maintenant qu’il était grand, qu’il pouvait comprendre que son parrain et sa femme Denise ne s’aimaient plus et qu’ils s’étaient séparés, et que Gil-Jean Frappier ne reviendrait sans doute jamais le voir. Corentin ne s’en alarma pas pour autant et demanda à son tonton Georges d’être son parrain ce que l’excellent homme accepta de bon cœur !

René Nicolet vint passer le dernier week-end du mois d’août à Kermartin, avant de rentrer au Mans avec femme et enfant dans la Hotchkiss toute neuve !

*****

 

- Chapitre 8 - (extraits)

Désillusions

*

 

 

Dimanche 26 juin 1949

Les premières « 24 heures » de l’après-guerre étaient terminées depuis moins d’une heure ! Les aînés des Éclaireurs de France du Mans avaient installé et tenu depuis l’avant-veille un poste de secourisme. Quelques « routiers » (adolescents de 15 à 18 ans) démontaient le campement quand d’autres alimentaient la cagnotte du Groupe « Ilias » en vendant des pâtisseries, des sandwiches et des boissons fraîches.

Lucienne Nicolet et Paulette Janin se trouvaient assises côte à côte sur l’un des bancs reliés par de savants brêlages à une table que Michel Froissart n’eût pas dédaignée, dressée le week-end précédent par la patrouille des lynx (les 12-14 ans).

Les deux femmes, qui ne se connaissaient pas, mais soucieuses toutes les deux de faire leur B.A. (bonne action), s’étaient fait servir une limonade et une viennoiserie, dans un gobelet et une assiette en alu. Leurs maris étaient allés acclamer les vainqueurs : trois voitures françaises parmi les cinq premières… mais (hélas ?) la première victoire d’une Ferrari ! Et c’est à cet endroit que chacune d’elles attendait le retour de son conjoint…

Les dames lièrent rapidement connaissance ; inévitablement, l’une conta à l’autre que son époux était originaire de Vannes… et de fil en aiguille, que les deux hommes avaient fréquenté le même collège et vécu l’un et l’autre là-bas depuis leur enfance jusqu’au début de la deuxième guerre mondiale, à l’exception notable de trois des années de la Grande Guerre !

Providence ou destinée ? Leur histoire les avait rattrapés ! Chacune d’elle avait un fils unique de neuf ans et un époux presque cinquantenaire… Paulette expliqua qu’elle faisait partie du groupe des amis des éclaireurs de France du Mans, que son fils Yvon était louveteau et qu’il était avec son père probablement en train d’essayer d’approcher les vainqueurs… D’où sa présence à cet endroit pour attendre ses hommes.

– Quant à moi, j’attends là un peu par hasard, mais Corentin tournait autour du campement scout ! Il est aussi avec son papa.

Léonard et René étaient de retour au Mans ! Celui-là expert-comptable (Lucienne assistait son mari et coordonnait le travail de deux secrétaires, celui-là commissaire de police marié à une institutrice. La surprise, en effet, fut de taille. Ce fut Paulette qui intervint la première :

  • Léonard, je te présente mon amie Lucienne ! En es-tu surpris ?
  • Euh ! En effet, mais mes hommages, Madame.
  •  J’attends mon mari. Ah, le voici ! René, tu connais ce monsieur, ajouta-t-elle avec un grand sourire…

René Nicolet prit un air dubitatif tandis que Léonard Janin s’exclamait :

  • René ! Cela fait si longtemps ! Paulette et ton épouse m’y ont préparé, mais je te retrouve sans peine ! Je n’ose pas dire que tu n’as pas changé ! Rappelles-tu ton meilleur copain de classe de cinquième à Saint-François-Xavier ? Léonard, Léonard Janin…
  • – Ah ! Ça, alors !

Nicolet serra la main de son ami Janin avec un enthousiasme mesuré, ce que ressentit Léonard.

  • C’est vrai, j’aurais peut-être pu dire simplement que je me souvenais avoir été l’un de tes camarades en cinquième… quand je suis arrivé au collège, vous étiez quelques-uns, déjà bien habitués dans l’établissement, à avoir plutôt bien accueilli.
  • Je te remets ! Mais c’est si loin…
  • Dis, René, ne penses-tu pas que nos retrouvailles ont quelque chose d’extraordinaire, quand elles se déroulent ici et aujourd’hui ?
  • Pourquoi ?
  • Sais-tu quand ont eu lieu les premières 24 heures du Mans ? En mai 1923 ! et l’un des pilotes de la Chenard-&-Walcker victorieuse s’appelait René Léonard. Nos deux prénoms !

-----=======----

         Après leurs « retrouvailles », les couples s’étaient reçus deux ou trois fois, à tour de rôle, sans oublier la fleur en pot pour la maîtresse de maison. Yvon Janin, de l’âge de Corentin, accompagnait quelquefois ses parents. Aussi, les deux garçons s’ennuyaient-ils beaucoup lors de ces déjeuners ; heureusement, ils étaient de ces enfants bien élevés auxquels on apprend à se tenir à table. C’était bien là l’essentiel.

-----=======----

1950

En février 1950, le décès accidentel de Louis et de son épouse Bernadette affecta beaucoup la famille… Unique héritier, René vendit dans de bonnes conditions le domaine de Kerjagu et le cabinet de son père, toujours florissant à Vannes au moment de son décès. En même temps, il entreprit à La Milesse, au nord du Mans de restaurer la Maison de maître que les gens des alentours appelaient « le Châtiau » (le château), en raison sans doute des deux tourelles qui la flanquaient. Laissé à l’abandon depuis les années 40, le comptable avait racheté le domaine pour une « bouchée de pain » en 1946… Des aménagements successifs, coûteux et clinquants, rendirent cette résidence fort agréable ; René, Lucienne et Corentin passaient au Beslan presque tous leurs week-ends…

-----=======----

En septembre, le garçon fit sa rentrée en sixième.

-----=======----

1951

Les Janin avaient très tôt espacé leurs visites et de nouveaux amis fréquentaient les Nicolet, surtout pendant la période de la chasse. Les Janin furent toutefois invités à la pendaison de crémaillère au Beslan, après achèvement des travaux, le dimanche 24 juin.

Deux semaines plus tôt, les Nicolet avaient organisé une réunion de famille toute simple à l’occasion de la communion solennelle de Corentin… Sa marraine Yvonne et tonton Georges avaient fait le voyage… Ainsi, Corentin avait pu une fois nouvelle s’amuser des pitreries de ses cousins Gadec, très inventifs du haut de leurs cinq ans et qui ravissaient la famille… René avait également convié la secrétaire et l’attachée du cabinet ainsi que leurs conjoints… ! Cette réunion de famille avait permis de roder l’accueil au Beslan, avant la pendaison de la crémaillère qui réunirait les amis des Nicolet... Ou plus précisément les amis de René Nicolet.

Ce jour de la Saint-Jean, le commissaire Léonard Janin, son épouse et Yvon avaient répondu favorablement à l’invitation des Nicolet. Les autres invités de la fête, quatre couples, étaient venus sans leurs enfants. Corentin connaissait bien Norbert Dubreuil et le docteur Monnet, qui chassaient avec son père, et les fermiers de la Gauterie et des Biards, proches voisins qui semblaient très honorés…

Corentin et Yvon qui s’étaient fort peu rencontrés auparavant, échangèrent des propos de collégiens, comparèrent quelque peu leurs activités et affinités.

Le jeune Janin était un bon élève de classe de sixième au lycée de garçons… Il était sportif, pratiquait l’athlétisme dans le cadre scolaire et le scoutisme : il était louveteau de la meute des Bruyères, dans le groupe des Éclaireurs de France, depuis deux ans déjà. Le commissaire Janin et son épouse appréciaient beaucoup le scoutisme. De nombreux résistants étaient des scouts ou d’anciens scouts… Les frères Ilias avaient été fusillés par les Allemands en 1944 alors qu’ils étaient routiers chez les Éclaireurs de France… Et le groupe auquel appartenant Yvon portant leur nom.

Après le cantonnement auquel il participerait prochainement à Saint-Pierre-de-Soucy, en Savoie, il rentrerait dans la troupe Claude Ilias et serait « Éclaireur ». Léonard Janin faisait partie des « amis du groupe Ilias »… Sur le sujet, Yvon était intarissable et cela donna envie à Corentin d’en savoir davantage. Le jeune Janin se déplaça pour parler à l’oreille de sa mère qui fit un signe d’acquiescement en souriant à Corentin… Le jeune Nicelin reçut alors, en confidence, l’invitation à participer le dimanche 8 juillet à la fête d’anniversaire de son camarade… 

Ils évoquèrent aussi les cérémonies de leur communion solennelle… Corentin avait renouvelé les promesses de son baptême en la chapelle du collège Notre-Dame-de-Sainte-Croix et reçu le sacrement de confirmation l’après-midi en l’église Sainte-Croix toute proche… Tous les communiants étaient en aube blanche… Yvon pour sa part avait préparé la sienne dans des conditions plus traditionnelles avec l’aumônier du lycée, avec cérémonie après la grand-messe dominicale en l’église Notre-Dame-de-la-Couture… Il avait porté le costume traditionnel du communiant, le bras gauche orné d’un brassard richement brodé… Pourtant, il confia à Corentin qu’il n’était pas du tout certain de croire en Dieu et que la pratique religieuse n’était pas sa passion. Il avait reçu de sa famille des cadeaux très utiles et cela le comblait…

Fort de l’invitation secrètement reçue, Corentin se voyait enfin avec un vrai copain en devenir !

La conversation des adultes revint sur les hasards de la vie qui avaient fait se retrouver les deux anciens pensionnaires du collège de Vannes…

– Rendez-vous compte que nos maris, après s’être perdus de vue, ont passé à Vannes dans le même quartier plus de quinze années sans jamais s’y rencontrer !

Léonard avait un doute à ce sujet… et il en fit part aux invités, au moment du champagne, en fin de repas…

  • C’était à Vannes, au cours d’une réception privée plutôt mondaine dans le quartier de La Madeleine à laquelle Paulette et moi étions conviés.
  • Vous étiez en service ?
  • Pas du tout ! Invités. Je me souviens parfaitement du jour, le samedi 17 juin 1939 ! La radio ne parlait que du « Monstre de La Voulzie », Eugène Wiedmann, dont la tête avait roulé place Barthou à Versailles, et des désordres qui avaient accompagné l’exécution publique… On rapportait que la foule qui assistait au « spectacle » avait débordé le service d’ordre et que certaines femmes hystériques s’étaient précipitées au pied de la guillotine pour tremper leur mouchoir dans le sang du supplicié, ce qui était censé leur apporter la fertilité !
  • C’est horrible…
  • Au cours de cette soirée, un incident qui attira notre attention : une altercation brève, mais sonore ente deux jeunes hommes qui s’invectivaient violemment. Il s’en suivit que le plus âgé quitta délibérément la villa ; quand cet individu m’a croisé, j’ai cru te reconnaître... oui, toi : mon copain d’orphelinat… « René, c’est moi, Léonard ! En cinquième à Xav…, tu te souviens ? » Il s’est figé un instant et m’a regardé intensément ; puis il était sorti… La fête s’est achevée sans autre incident. J’ai vu partir un peu plus tard le second belligérant en compagnie d’une jeune femme ; ils se sont éclipsés après avoir rapidement salué la maîtresse de maison. Quelqu’un leur a lancé : « Ne vous en faites pas ! » Et, à l’attention du garçon, un solide gaillard blond : « Bon retour en Écosse ! ».

Cette histoire ne réveilla rien dans les souvenirs de René.

En aparté, Paulette fit remarquer à son mari que Lucienne avait quitté le salon dès les premiers mots de leur ami. Léonard, toutefois, insistait :

– Quelque temps plus tard, j’ai aperçu au café des Arts, place du Poids public, un jour de marché, dans la salle de billard, deux jeunes gens d’une vingtaine d’années. L’un d’eux était visiblement le jeune homme écossais croisé lors de la soirée dont je viens de parler… Je l’ai abordé, et me suis présenté, en lui précisant que le sergent de police Janin n’était pas en service ! Il m’a expliqué qu’il était étudiant écossais venu acquérir une connaissance parfaite de votre langue et surtout un meilleur accent ! Il était originaire de Campbeltown, petit bourg du comté d’Argyll ; son camarade et lui étaient pour une année pensionnaires des jésuites du collège Saint-François-Xavier… Ils souhaitaient tous les deux intégrer dès l’année suivante le collège militaire royal de Sandhurst (Royal Military College) qui forme les officiers britanniques

René Nicolet interrompit à cet instant, brutalement, le propos de son ami, et s’adressant à Corentin…

– Ta maman semble avoir besoin d’aide à la cuisine… Je crains qu’il n’y ait un retard pour le dessert…

Lucienne reparut à ce moment, sourit aux invités…

– Ne bouge pas, Corentin… Ou plutôt, si, prends le temps de faire un tour avec Yvon dans le parc… Nous vous rappellerons pour le dessert dans une petite demi-heure… Pardonnez-nous, mes amis… Aline est en pleurs… L’omelette norvégienne est retardée… ou plutôt remplacée… Nous pourrons en sourire, mais ne vous moquez pas… Le four était chaud, le biscuit parfait, la glace en place… Mais Aline n’a pas battu en neige des blancs d’œuf, mais de la crème épaisse… Et la chantilly à four chaud : imaginez ! C’est la Saint-Jean aujourd’hui, et la kermesse des écoles de La Milesse… Le boulanger a fourni des pâtisseries que Jules rapportera tout à l’heure. Euh… Oui, je précise pour mes amis Janin que Jules et Rosine sont employés à demeure et logent dans la petite maison, à l’orée du parc. Ce sera la B.A. des Nicolet pour la caisse des écoles… Je suis sûre, chère Paulette, que ceci évoquera le souvenir commun du soir des 24 heures du Mans de 1949 !

Les anciens « copains de cinquième » comprirent… Il y eut un brouhaha… On expliqua. Rosine remplaça Aline pour la fin du service. Le chariot des fromages passa deux fois. Le Haut-Médoc également.

Le docteur Monnet offrit des cigares, expliquant que le cigare était moins nocif que toutes ces cigarettes américaines que fumaient ces dames… Lucienne Nicolet obtint qu’on attendît le moment du pousse-café pour craquer les allumettes ou claquer les briquets.

Jules arriva dégoulinant sous la chaleur. Les pâtisseries, bien calées dans le panier d’osier fixé sur porte-bagages avant de sa bicyclette, firent un passage en cuisine. On appela les garçons. Les Nicolet invitèrent Aline, Jules et Rosine à partager le dessert. Ils furent applaudis et mesdames Monnet et Janin embrassèrent Aline pour la consoler.

Lucienne Nicolet et Elvire Dubreuil servirent le café.

Les fermiers et leurs épouses qui n’avaient parlé qu’entre eux, en face à face au bout de la tablée, n’avaient quitté leur siège à aucun moment et semblaient ravis de l’aubaine. Yvon et Corentin, en vis-à-vis à l’autre extrémité, en étaient aux projets communs.

Lucienne prit à part un instant Paulette Janin qui s’entretint aussitôt en nouvel aparté avec son époux Léonard, lequel se leva pour porter au nom de tous les invités, un toast en l’honneur de ses hôtes, les remercier pour leur accueil et les autoriser à ouvrir enfin le cadeau pour l’achat duquel les invités s’étaient rassemblés (en dehors les fermiers qui avaient offert des fleurs et des produits de leurs récoltes)… Il ne put s’empêcher d’ajouter…

– Quant à cette rencontre à Vannes, que nous avons évoquée au début du repas, tu as sûrement raison, René. L’homme en question ne pouvait être toi. Simplement, il te ressemblait… Quant à l’écossais, il s’appelait McNicol. Kenneth McNicol. Maintenant, mes amis… Votre cadeau !

René le fusilla du regard.

Et son épouse ouvrit la caisse, qui contenait un superbe projecteur de films 8 mm, le Bolex-Paillard M8…

-----=======-----

Dans les jours qui avaient suivi la pendaison de la crémaillère au Beslan, Corentin avait parlé à ses parents de son échange avec Yvon… Celui-ci l’avait en effet invité à venir fêter ses onze ans chez ses parents en juillet… et il parla même des Éclaireurs de France et du cantonnement de Saint-Pierre-de-Soucy, en Savoie…

Ce fut immédiatement une fin de non-recevoir. Aux propos de Lucienne qui portaient à réfléchir sur tout cela s’opposa une sorte d’agacement et de colère, à peine contenue, à l’égard de Corentin et de sa mère. Ceci arrivait de plus en plus souvent.

Madame Nicolet téléphona à madame Janin pour lui dire ses regrets de ne pas pouvoir accepter l’invitation à l’anniversaire d’Yvon, le 4 juillet.

-----=======----

En septembre, le garçon fit sa rentrée en cinquième.

*****