Jean Ciphan, écrivain.
Jean Ciphan, écrivain.

 

Dors, enfant !

 

Qu’il est beau le sourire d’un enfant qui dort

Quand alentour se lient les fureurs et les peines,

Les maux du quotidien, les cœurs secs et les haines :

Car ceux-ci sont communs, mais celui-là est d’or.

 

L’innocence d’un cœur est d’un grand réconfort

À qui sait les douleurs que le destin enchaîne,

À qui sent les mensonges dont la vie est pleine

Quand éclats, bruits et pleurs arrivent en renfort !

 

Dors, enfant ! Et souris ! Profite du concours

Qu’un augure insouciant t’accorde pour un jour !

Trop tôt tu grandiras en mois puis en années

 

Qui éteindront, hélas, sans trompe ni tambour,

Sans que quiconque songe à leur porter secours,

L’innocence et la paix à jamais condamnées.

 

Janvier 1960.

Jean Ciphan, « Sentiers incertains »