Jean Ciphan, écrivain.
Jean Ciphan, écrivain.

 

L’inutile apostrophe.  

 

Guerre,

Toujours guerre,

On ne parle que guerre !

 

Quand il n’y a pas guerre,

On est entre deux guerres

Ou bien en froide guerre

Ou bien en guérilla !

 

Guerre !

Suspends-toi !

Écoute quand je t’apostrophe !

 

Les humains,

Que crois-tu qu’ils fassent de ton cas,

Tous ces gens, en un mot tout le commun des hommes

Qui de leur sens commun ne savent faire somme ?

 

Et leurs chefs ?

Qu’entends-tu de leurs cris et fracas ?

Les nantis (en un mot tous ceux qui nous gouvernent)

Crois-tu qu’à ton seul nom évoqué ils te craignent ?

 

Guerre !

Tu te hausses,

Tu te gausses,

Que crois-tu des humains ?

 

Je sais. Tu imagines...

Ils t’espèrent (et alors t’attendent en prière),

Ou te craignent (et alors chérissent ton nom bas),

Ou t’ignorent (et disent ne te connaître pas),

Ou t’adorent ! Mais alors se muent en va-t-en-guerre !

 

Mais ne vois-tu donc pas,

Que tu n’es qu’instrument

Glissé entre les doigts

De tous les dirigeants

De cette grande armée qu’est notre terre entière !

 

Tu t’es laissée berner par ton seul nom de Guerre !

 

Non ?

Tu ne me crois pas ?

Tu ne te suspends pas ?

Tu ne m’écoutes pas ?

Tu promets d’être là !

 

Bah !

Je suis lâche et las !

Oublie-moi, veux-tu, Guerre,

Je ne t’oublierai pas !

 

Janvier 1960.

Jean Ciphan, « Sentiers incertains »