Jean Ciphan, écrivain.
Jean Ciphan, écrivain.

 

Les canaris.

 

Trois canaris dans une cage

Caressant du bec leur plumage :

Trois canaris chantaient !

Ils étaient jeunes canaris

Et aucun d’entre eux ne savait

Combien laide est la vie !

 

Les trois canaris ont grandi.

 

Trois canaris dans une cage

Criant et piaillant avec rage.

Deux d’entre eux se battaient,

L’autre était Dame canari

Qui de son cri perçant disait :

« Tue ! Au vainqueur, ma vie ! »

 

Trois canaris dans une cage,

Deux lissant du bec leur plumage :

Deux canaris chantaient !

Ils étaient amants canaris,

L’autre dans la mort reposait,

Le Mari canari.

 

Trois pays sous le joug puissant

Des colonisateurs méchants.

Trois pays s’aident entre eux :

Ils sont de pauvres colonies

Qui lancent plainte vers les cieux

Du malheur de leur vie.

 

Les méchants colons sont partis.

 

Trois pays sous le joug puissant

De trois gros dictateurs méchants.

Deux se battent entre eux :

Ne sont-ils pas libres pays ?

Ne peuvent-ils disposer d’eux

Et tuer leurs ennemis ?

 

Trois pays sous le joug puissant

De deux gros dictateurs méchants.

Ils se battent entre eux.

Car ils ne sont pas canaris :

L’un est de trop, puisqu’ils sont deux !

C’est ça, la vie.

 

Novembre 1959.

Jean Ciphan, « Sentiers incertains »