Jean Ciphan, écrivain.
Jean Ciphan, écrivain.

 

Pureté.  

 

De tout temps, les poètes ont chanté la rose,

Depuis l’aube radieuse où la rose est éclose,

Quand elle a revêtu sa parure de rose

Dentelée de rosée, de fraîcheur et de rose,

Comme une fiancée.

 

Mais aussi les poètes ont chanté le monde,

La terre qu’ils ont crue paradisiaque et ronde,

La guerre qu’ils ont dite tour à tour immonde,

Belle ou terrible ainsi que l’orage qui gronde

Comme l’hydre (1) blessée.

 

Pourquoi avoir chanté la terre et ses mensonges,

Pourquoi avoir loué ce qui n’était que songe,

Quand tu pouvais, ami, t’arrêter à la rose

Et oublier le monde : il n’en vaut pas la pause

Même s’il a vécu plus longtemps que ne l’ose

La rose, qui ne vit que sa journée de rose

Mais qui sait conserver, elle, sa pureté.

 

Mai 1959.

Jean Ciphan, « Sentiers incertains »

 

  1. Hydre > Dans la mythologie grecque, l’hydre de Lerne était un monstre qu’Héraclès dut tuer dans le cadre de ses douze travaux...