Jean Ciphan, écrivain.
Jean Ciphan, écrivain.

 

Solitude.  

 

Le jeune homme est assis sur la chaise de bois.

La tête dans ses mains, il n’entend plus les voix

De la rue, allumée de quelques feux du soir

Qui s’éteignent laissant seul le froid dans le noir.

 

C’est l’hiver. Grelottant (car la pièce est sans feu)

Le garçon, dispersant d’un geste sans enjeu

Livres, cahiers, feuillets sur la table carrée,

Dit une injure à Dieu, lasse et désespérée.

 

Il est seul, toujours seul. La grande maison vide

Parle comme en été. Mais le mur est humide.

Le garçon songe à lui, tout à sa lassitude,

Et la mélancolie fait place à l’inquiétude.

 

À quoi sert ce long temps où sa vie se consume ?

Pourquoi vivre lorsqu’il s’enfonce dans la brume

De l’ennui, quand il perd tout désir de la vie

Et que toute gaieté lui a été ravie ?

 

À quoi bon vivre ainsi, à ne servir à rien,

Pour n’être qu’un objet rattaché par un lien

D’inutile existence à l’haleine d’un corps

Haletant au flux froid d’un rêve craint de mort...

 

De tristesse en chagrin, de spleen en hébétude,

Sa morne vie inscrit ses maux dans l’habitude,

Lui soustrait tout désir, toute envie, tout plaisir

Mais sans lui accorder la force de mourir.

 

Novembre 1959.

Jean Ciphan, « Sentiers incertains »